L’effort de chaque Etat membre demandé pour la transition énergétique

"La lettre B" l'essentiel de l'actualité économique et financière européenne décryptée

L’effort de chaque Etat membre demandé pour la transition énergétique

La Commission a présenté, le 20 juillet, un paquet de mesures visant à accélérer la transition de l’Union européenne vers une économie à faible intensité de carbone. Faisant suite à l’engagement de l’UE pris en 2014 de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2030 – et s’inscrivant dans l’initiative « Union de l’énergie » – ces nouvelles propositions fixent des objectifs contraignants pour les Etats membres dans un grand nombre de secteurs non couverts par le système d’échange de quotas d’émission, à savoir ceux des transports, de la construction, de l’agriculture, des déchets, de l’utilisation des terres et de la foresterie. Dans le même contexte, la Commission a proposé une stratégie sur la mobilité à faible intensité de carbone, concernant notamment les véhicules à émissions faibles ou nulles et les carburants de substitution à faible taux d’émissions.

Lors de la présentation des nouvelles mesures, les représentants de la Commission ont notamment souligné l’importance de l’intégration du secteur de l’utilisation des terres dans la politique européenne énergétique et du climat. Ils estiment que l’utilisation « climate-friendly » des terres et la foresterie permettront de maintenir le développement continu et la productivité durable des communautés rurales qui jouent un rôle important au niveau  économique et en termes de fourniture de services. Par ailleurs, un secteur durable et bien géré de l’utilisation des terres serait en mesure de fournir de l’énergie et des matériels renouvelables, un point fort si l’UE souhaite rester en tête du marché.

Il s’agit d’un moment clé dans l’élargissement de la politique européenne en matière d’énergie et de climat. En effet, bien que le secteur des transports génère une partie non négligeable des émissions dans l’UE, il est loin d’être le seul concerné. En répartissant la responsabilité sur plusieurs secteurs, la Commission fait d’une pierre deux coups. D’abord, elle élimine tout argument des parties prenantes du secteur des transports selon lesquels elles  pourraient se sentir visées et par conséquent moins réceptives aux propositions. De plus, elle crée un environnement favorable aux synergies intra- ectorielles, que ce soit en termes d’investissement ou autres, ce qui devrait faciliter la mise en oeuvre généralisée et rapide des mesures nécessaires si l’UE compte respecter ses engagements.

De la même manière que tous les grands secteurs de l’industrie européenne seront dès maintenant clairement impliqués dans la transition climatique, en établissant des objectifs contraignants pour chaque Etat membre, la Commission met la responsabilité sur tous les leaders européens. Les objectifs sont bien sûr adaptés en fonction de la réalité du pays concerné et varient donc d’une manière assez importante. A titre d’exemple, l’objectif de l’Italie s’élève à -33%, comparé à -2% pour la Roumanie. Si chaque pays respecte son objectif, l’UE sera en mesure d’atteindre son but de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.

A première vue, on pourrait imaginer que les différences importantes entre ce que la Commission compte demander à chaque Etat membre risqueraient de créer une impression d’inégalité. Néanmoins, le timing de ces propositions semblerait propice à une adoption plutôt en douceur. En effet, ces derniers temps l’UE a fait un effort considérable pour se positionner en tant que chef de file des actions internationales en matière d’énergie et de climat, comme le démontre l’accord international conclu à la COP 21 en décembre 2015. Si peu de temps après, les Etats membres seront donc obligés d’accepter ces nouveaux engagements s’ils espèrent conserver leur crédibilité.

A l’heure où de nombreuses questions se posent sur le futur de l’UE, la politique climatique et énergétique pourrait ainsi jouer un rôle unificateur, démontrant l’esprit communautaire nécessaire pour que l’Union maintienne une présence forte sur la scène mondiale.

Filippo Giuffrida

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