La Commission européenne examine la mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie

"La lettre B" l'essentiel de l'actualité économique et financière européenne décryptée

La Commission européenne examine la mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie

Confrontées à une crise migratoire prenant des proportions inimaginables, la Turquie et l’Union européenne ont décidé en 2015 de combiner leurs ressources et de travailler ensemble afin d’y remédier au plus vite. Dans cette optique, les deux parties ont adopté un plan d’action commun en novembre 2015 et publié une déclaration commune le 18 mars dernier.

De nombreux projets ont été mis en œuvre à la suite de l’adoption du plan d’action initial et la déclaration commune qui l’a suivie a proposé des actions complémentaires visant à disloquer la pratique clandestine de transport de migrants. L’objectif était d’apporter aux migrants une alternative à cette pratique risquée et incertaine et ainsi de « mettre fin à la migration irrégulière de la Turquie vers l’UE ». Le 15 juin, la Commission européenne, dans un rapport sur la mise en œuvre de cette déclaration, souligne que, même si des progrès ont été réalisés, il reste encore un long chemin à parcourir.

Tout d’abord, elle constate une diminution importante du nombre de personnes essayant de traverser la mer Égée de manière irrégulière, impliquant également une baisse significative du nombre de personnes qui y perdent la vie. Il s’agit ici d’un des piliers clés de la coopération UE-Turquie ; les images obsédantes de réfugiés mettant leurs vies en jeu dans l’espoir de rentrer dans l’Union ont provoqué une réaction particulièrement forte dans tous les coins de l’Europe.

La Commission note également le succès du programme « 1 pour 1 » selon lequel pour chaque Syrien renvoyé en Turquie de l’UE, un autre Syrien sera réinstallé de la Turquie en Europe. L’objectif est à nouveau ici de décourager les tentatives de passages illégaux à la frontière en mettant en avant les chances plus élevées de réussite en cas d’utilisation de voies légales.

Des progrès sont également soulignés dans le cadre de la libéralisation du régime des visas avec la Turquie, tels l’entrée en vigueur de l’accord de réadmission UE-Turquie ; la Commission attend maintenant que Ankara remplisse les sept critères de référence restants. Par ailleurs, dans le contexte de l’approfondissement des relations bilatérales, les travaux préparatoires se poursuivent dans le cadre du processus d’adhésion et une aide financière supplémentaire de l’UE a été fournie afin d’aider les réfugiés et communautés d’accueil sur le territoire turc.

Enfin, des ressources considérables ont été mobilisées tant du côté de l’UE que de la Turquie afin d’apporter une aide humanitaire en Syrie.

Il reste toutefois, selon la Commission européenne, de nombreuses étapes pour la mise en œuvre complète de l’accord. On notera, par exemple, la nécessité pour la Grèce d’accroitre sa capacité de traitement des demandes d’asile, d’améliorer sa capacité d’accueil sur les îles et de proposer une meilleure gestion des « hot spots ». Athènes sera soutenue dans ces démarches par l’Union européenne et ses États membres. Concernant la Turquie, elle devra, dans un futur très proche, prendre les mesures nécessaires pour répondre aux critères restants de la libéralisation du régime des visas.

Ces prochaines étapes feront très certainement l’objet d’un focus particulier dans le prochain rapport de la Commission sur la mise en œuvre de l’accord qui est attendu pour la rentrée 2016.

Lorenzo Scattini

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